CHRONIQUE DES ANNÉES LÉO, VOL X extrait du livre "LEO FERRE, UN ARTISTE VIT TOUJOURS DEMAIN" de Jocelyne Sauvard |
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| Qui dira cette rouge chanson plus rouge que le sang Qui dira la virginité de nos caresses LÉO FERRÉ |
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"Rue des Écoles, le 10 mai 1968. Léo avance au milieu de ses amis, il donne un concert à la Mutualité ce soir. Son corps est dans un mouvement continu. Ses cheveux sont longs, gris. Le ceinturon bloque le jean sur les hanches, la chemise est ouverte sur la poitrine. Le sourire est neuf, vierge, empli de sa liberté, de sa rage, de ses départs. Des groupes avec des porte-voix passent dans un flot, un cortège se forme, des étudiants gueulent, le soir vient. La foule envahit la rue des Écoles. Les jeunes le reconnaissent, on l’appelle. « Ferré à la manif ! » Les étudiants qui défilent avec les profs au Quartier latin et le drapeau noir, et le rouge, c’est fantastique, mais chacun son métier. Lui c’est artiste. Jamais moyen d’avoir un instant de silence, une bribe de discussion. La star se laisse interpeller, happer, emmener, couper des autres, aime ça, déteste, s’excuse d’un regard qui dit « Il faut bien, je peux quand même pas… » On n’est pas plus abandonné, encerclé seulement par de faux-semblants et de vrais intérêts. Mais ça l’énerve d’un coup. Les autres redisent Léo, ils sont dans l’énamoration, ils raisonnent en grands frères. Ils listent les heures, les services. Léo sait tout cela. Ça ne l’intéresse pas. La foule crie Ferré ! Il sort sur la terrasse. « Je dois travailler, j’ai un concert ce soir, vous savez, je chante à neuf heures. » Il dit comme ça, le tout douceur qu’on a pointé comme le râleur. Sa voix, avec cette tendresse non dite, prononce bien tous les e, ramène la Méditerranée. Le mec tout noir en bas qui gueule la désespérance, c’est lui.
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