Si je vous disais
"tu", on me prendrait pour qui ? On dirait: Celui-là, il
se perche là-haut, dans les nuées, avec ses ailes d'albatros
qui donnerait plutôt vers le corbeau..."
Si je te disais "vous", tu deviendrais encore plus froid dans
ta dernière terre et tu m'appellerais : Léo ! Viens, allons
voir les putes du Boulevard Edgard Quinet, ce n'est pas loin de chez moi,
deux pas, allons même au "Monocle", cette boîte où
celles qui "sont trop gais" s'en vont se faire une nouvelle virginité
qui pèsera pas lourd, dans les quatre heures du matin, au bras d'une
"saphique d'occasion". Ils t'ont pillé, Baudelaire,
ils t"ont traîné dans leur Morale, ils disent que tu avais
la vérole et que tu en es mort. Ils disent tant de choses, tant de
choses dans les manuels de littérature, je dis bien "manuel..."
avec tout ce que cela comporte d'inversion intellectuelle. Ils sont tous invertis,
ce jour, ils pensent en reculant. Ils préfèrent qu'on les surprenne
par derrière, pour ne pas voir, avec leur légion d'honneur,
leurs journaux qui vont de l'avant comme des écrevisses, leur Culture
avec un granc C comme...
J'ai le sentiment qu'il n'y a plus grand chose à découvrir au
club des métaphores. La poésie t'a muselé dans le génie
étiqueté, inodore avec de beaux et cons discours qu'on doit
faire à ton propos et lors d'une pâle distribution de prix au
Lycée de Nevers.
Rimbaud nous a quittés par une porte de secours.
Il savait que derrière il devait y avoir "la vraie vie".
Breton a fait une fausse sortie... Il l'a dit, dans l'ambulance qui transportait
son urgente dépouille de Cahors à Paris.
Il t'aimait bien : je pense qu'il aurait voulu écrire des alexandrins,
mais un peu trop comme Valéry, son ami, qui est parti, lui, d'académie
française... Apollinaire a pris de toi ce qu'il pouvait et puis réinventé
le Verbe. Il nous a laissé Aragon qui a bien du talent.
C'est tout.
Quand tu me manques, je te mets en musique, humblement.
C'est vraiment la seule rose que je puisse apporter sur ta tombe.
A bientôt.