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Extrait du livre "léo Ferré La musique souvent me prend....
comme l'Amour"
Editions "la mémoire et la mer "
La steppe noire de la salle de
concert, avec toutes ses fleurs magiques : ses cordes qui tissent
l'enchantement, ses hautbois vénéneux,
ses flutes enfantines, ses cors qui nous appellent de l'autre rive,
ses trompettes marines, et tout
le jaune tragique des soleils neurasthéniques de l'est.... Si l'on
voyait la
musique de Bartok, c'est ainsi
qu'elle nous apparaîtrait, dans une poétique "Grand Meaulnes"
à tempes
grises et une nature fantomatique
où les bruits ne seraient que froissements d'ailes.

Ni homme ni femme,
ni ange ni bête :
génial compromis de chair et de
divination,
Bartok a déployé au long
de sa vie fulgurante ses ailes de géant
parmi la désespérante époque
de Sa Majesté : le Ciment armé.
Albatros anonyme, exilé hungarisant,
ses souvenirs au milieu des gratte-ciel horribles,
Béla Bartok est mort le 26 septembre
1945,
dans la misère.
C'est tout ! .... et c'est la gloire....
Concerto pour
orchestre
4eme mouvement
Qu'il ait fait chanter le violon,
se plaindre l'alto, percuter le piano, Bartok a une griffe harmonique irrésistible
qui le fait montrer du doigt et le dénombre au milieu d'un tas d'autres
musiques dites "modernes" mais qui sentent d'une lieue le bon
travail de fabrique, la petite publicité intelligente et cette sorte
d'ennui majuscule qui déferle sur la chose artistique depuis un quart
de siècle.
Bartok, c'est un défi à
la décadence de l'art musical contemporain,
c'est un monsieur qui savait chanter
et qui l'a fait avec une
technique éblouissante et
un coeur démultiplié
et à la mesure des millions
de coeurs
qui l'écoutent aujourd'hui
dans le respect et le plaisir.
Concerto pour
orchestre
5me mouvement
On a dit de Béla Bartok qu'il a
sacrifié au langage dodécacophonique, et c'est là croyons-nous
la bonne conscience des disciples de Schoenberg que de pouvoir brandir leur
spectre mathématique à l'occasion de Bartok en ayant l'air
d'affirmer : "Ecoutez le maître hongrois, c'est l'un des nôtres,
voilà ce que l'on peut faire avec la technique, notre technique des
12 sons ..." On arraisonne les génies comme on peut.
L'essentiel de Bartok nous parvient sans
bavure. Son langage est clair, il est notre langage.
La musique ne se lit pas, elle s'écoute
et Bartok est une excellente leçon pour tous nos farfelus jeunes
ou radotants qui ont fait à l'art musical une plaie honteuse où
se prélasse le germe de la décadence.
Que de lettres n'avons-nous pas reçues
nous signifiant que nous n'entendions rien à la musique contemporaine
et que nous ne vivions pas avec notre temps ? .... Si ce n'est pas vivre
avec son temps que de dire de Béla Bartok qu'il est la négation
même des élucubrations contemporaines et le reproche "encombrant"
des indigences mathématiques, alors nous ne sommes décidement
pas de notre temps, et c'est un honneur.
Béla bartok, vous avez donné
au monde de l'intelligence et de la sensibilité,
une raison de ne pas désespérer.
Puissent les imbéciles pensants se perdre
et s'effacer devant le grand public
que vous avez conquis à la force de votre travail et
de votre génie.
Musique pour
cordes,
percussion
et célesta |
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