Extrait du livre "léo Ferré La musique souvent me prend.... comme l'Amour"
Editions "la mémoire et la mer "

 

 

MUSIQUE BYZANTINE 1954 BELA BARTOK - LEO FERRE

 

 

 

La steppe noire de la salle de concert, avec toutes ses fleurs magiques : ses cordes qui tissent

l'enchantement, ses hautbois vénéneux, ses flutes enfantines, ses cors qui nous appellent de l'autre rive,

ses trompettes marines, et tout le jaune tragique des soleils neurasthéniques de l'est.... Si l'on voyait la

musique de Bartok, c'est ainsi qu'elle nous apparaîtrait, dans une poétique "Grand Meaulnes" à tempes

grises et une nature fantomatique où les bruits ne seraient que froissements d'ailes.

 

 

Ni homme ni femme,

ni ange ni bête :

génial compromis de chair et de divination,

Bartok a déployé au long de sa vie fulgurante ses ailes de géant

parmi la désespérante époque de Sa Majesté : le Ciment armé.

Albatros anonyme, exilé hungarisant, ses souvenirs au milieu des gratte-ciel horribles,

Béla Bartok est mort le 26 septembre 1945,

dans la misère.

C'est tout ! .... et c'est la gloire....

 

Concerto pour

orchestre

4eme mouvement

 

 

Qu'il ait fait chanter le violon, se plaindre l'alto, percuter le piano, Bartok a une griffe harmonique irrésistible qui le fait montrer du doigt et le dénombre au milieu d'un tas d'autres musiques dites "modernes" mais qui sentent d'une lieue le bon travail de fabrique, la petite publicité intelligente et cette sorte d'ennui majuscule qui déferle sur la chose artistique depuis un quart de siècle.

 

 

 

Bartok, c'est un défi à la décadence de l'art musical contemporain,

c'est un monsieur qui savait chanter et qui l'a fait avec une

technique éblouissante et un coeur démultiplié

et à la mesure des millions de coeurs

qui l'écoutent aujourd'hui

dans le respect et le plaisir.

 

 

Concerto pour

orchestre

5me mouvement

 

 

On a dit de Béla Bartok qu'il a sacrifié au langage dodécacophonique, et c'est là croyons-nous la bonne conscience des disciples de Schoenberg que de pouvoir brandir leur spectre mathématique à l'occasion de Bartok en ayant l'air d'affirmer : "Ecoutez le maître hongrois, c'est l'un des nôtres, voilà ce que l'on peut faire avec la technique, notre technique des 12 sons ..." On arraisonne les génies comme on peut.

L'essentiel de Bartok nous parvient sans bavure. Son langage est clair, il est notre langage.

La musique ne se lit pas, elle s'écoute et Bartok est une excellente leçon pour tous nos farfelus jeunes ou radotants qui ont fait à l'art musical une plaie honteuse où se prélasse le germe de la décadence.

Que de lettres n'avons-nous pas reçues nous signifiant que nous n'entendions rien à la musique contemporaine et que nous ne vivions pas avec notre temps ? .... Si ce n'est pas vivre avec son temps que de dire de Béla Bartok qu'il est la négation même des élucubrations contemporaines et le reproche "encombrant" des indigences mathématiques, alors nous ne sommes décidement pas de notre temps, et c'est un honneur.

 

 

Béla bartok, vous avez donné au monde de l'intelligence et de la sensibilité,

une raison de ne pas désespérer. Puissent les imbéciles pensants se perdre

et s'effacer devant le grand public que vous avez conquis à la force de votre travail et

de votre génie.

 

Musique pour

cordes,

percussion

et célesta