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Je vivais dans une sorte de malédiction
confortable
Je m'étais arrangé pour ne rien laisser paraître jamais
ni de mes angoisses, ni de mes envies, ni même de mes voeux les plus
secrets et qui eussent risqué de me laisser en mauvaise posture devant
tel ou tel de mes contempteurs. Je vivais masqué.
Je veux dire par là, cette cire commode dont on se peint le visage
et, bien mieux, les sentiments, dès qu'on se sent traqué, soumis
des fois, et au mieux, vaincu. L'indifférence confine à l'insouciante
optique de tout ce qui peut être regardé, ou même vu de
biais, en douce, en rupture de courtoisie.
Les voyous ne sont pas tous enfermés dans les prisons. C'est une idée
reçue.
Il en est qui vaquent en toute tranquillité dans les salons, dans la
rue, dans les ministères.
L'orgueil de ceux de ma race est trop évident pour qu'il soit nécessaire
de se démasquer le moment venu. Le moment est toujours là, présent,
indéniable. Je savais que je n'en sortirais jamais de cette brume visqueuse
que je prenais plaisir à faire tâter autour de moi à qui
voulait bien, et dont je disais qu'elle était tout mon sentiment. Je
vivais. Et maintenant, je vis.
Seul.
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