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| je m’invente aujourd’hui des chemins de traverse,
je ne suis plus de chez vous, j’attends des mutants, biologiquement, je
m’arrange avec l’idée que je me fais de la biologie, je pisse,
j’éjacule, je pleure, il est de toute première instance
que nous façonnions nos idées comme s’il s’agissait
d’objets manufacturés, je suis près à vous procurer
les moules mais.... La solitude Viens avec moi et Baudelaire on t’invite en
voyage et tu ne retourneras pas, devine pourquoi Mon enfant ma sœur Les moules sont d’une texture nouvelle, je vous
avertis, ils ont été coulés demain matin. Si vous n’avez
pas, dès ce jour, le sentiment relatif de votre durée, il est
inutile de vous transmettre, il est inutile de regarder devant vous, car devant
c’est derrière, la nuit c’est le jour et ... Là tout n’est qu’ordre et beauté Il est de toute première instance que les laveries
automatiques au coin des rues soient aussi imperturbables que les feux d’arrêt
ou de voie libre. Les flics du détersif vous indiqueront la case où
il vous sera loisible de laver ce que vous croyez être votre conscience
et qui n’est qu’une dépendance de l’ordinateur nerophile
qui vous sert de cerveau et pourtant... Là tout n’est qu’ordre et beauté Le désespoir est une forme supérieure
de la critique. Pour le moment, nous l’appellerons "bonheur",
les mots que vous employez n’étant plus "les mots"
mais une sorte de conduit à travers lequel les analphabètes
se donnent bonne conscience Et Allez viens C’est facile pour moi de te dire viens, moi,
ce soir j’ai fini, demain, je m’en vais, je retourne en Italie,
dans ma maison, et alors, ça a l’air d’être comme
ça, on dit aux gens, « Allez, viens et puis on s’en fout,
hein ? » mais là il y a peut-être un moyen, c’est
pas sûr mais je t’apprendrai, il y a peut-être un moyen
pour que tu viennes avec moi dans un pays fantastique absolument méconnu,
connu actuellement par moi, comme ça, je ne le dis pas, je ne le dis
qu’aux gens qui viennent m’écouter chanter.. |
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Ah si tu ne connais pas, viens aussi avec moi je t’apprendrai, c’est fantastique ça les hommes mesurent le temps, la seconde un , deux
le dixième de seconde, … le centième de seconde, le millième
de seconde, le dix millième de seconde, le cent millième de
seconde, le millionième de seconde, le dix millionième de seconde
en trois quatre ans , il parait une sorte de computer qui va mesurer le milliardième
de seconde, je ne sais pas comment il font mais alors là c’est
extraordinaire car dans une seconde il y a un milliard de milliardième
forcément, cent milliardième, deux cent milliardième
et ça n’en finit plus. En Sicile, on a découvert il n’y a pas longtemps la preuve qu’il y avait des hommes debout déjà il y a trois millions cent cinq mille ans et si parmi ces hommes il y avait eu une sorte de type du CNRS qui s’emmerdait dans la nature comme ça et qui c’est dit je vais compter de la première seconde à la seconde bon, il aurait commencé et ce soir il serait là avec moi parce que évidemment, il m’aurait connu depuis forcément il serait là à compter et il n’en aura pas fini et les hommes mesurent le temps, tu rigoles, non, ça me débecte çà, ça me débecte vraiment et alors quand j’étais petit ..... Je vais trop vite, là, parce le mauve, oui
quand tu as trouvé ce mauve là, tu verras Léo avec toi et on partira là-bas, ah là-bas
c’est magique, c’est extraordinaire c’est comment dire c’est
les larmes, les larmes c’est beau, la musique c’est les larmes,
et il n’y as pas de sexe il y a autre chose, il n’y a pas de sexe,
enfin quand tu auras trouvé ce mauve tu entendras une voix qui te parlera
comme ça après je vais te traduire c’est pas facile écoute
bien « mumu Léo je vais essayer de traduire ils ont eu beaucoup
de mal à apprendre, à dire mon nom mais ils ont insisté
alors je leur ai appris cà a mis, ça a dû mettre quelque
chose comme huit millions d’années hein parce que leur langue
à eux c’est fantastique mais ils me l’ont appris parce
qu’ils m’ont dit « Léo t’es doué alors
on t’apprend la langue et tout de suite je l’ai su alors tout
de suite : « ……je te traduis maintenant : « Là
bas quand tu viendras avec Léo tu trouveras un crépuscule tout
déshabillé et vous l’habillerez avec le mauve de derrière
les yeux de ton camarade, le mauve de derrière les yeux de ta camarade
et puis tu prendras le crépuscule habillé comme ça en
le prenant par le bras par les épaules et puis en bas il y aura le
soleil, il sera un peu jaloux comme ça et qui vous dira vous savez
mes chers amis demain matin je me lève à l’ouest parce
que l’ouest c’est comme l’est et où irais je je vous
le donne en dix mille, en cent mille, je m’éteindrai je m’éclairerai
à vous ce jour là le soleil il est devenu beaucoup moins con et puis là bas on trouvera le cheval de mon enfance, mon grand-père était cocher de fiacre à Nice dans les Alpes Maritimes c’est mon père qui me l’a dit car évidemment il était mort très jeune alors moi j’ai toujours regardé les chevaux avec affection, je pense aussi à Nietsche qui avait vu un cocher, ce n’était pas mon grand-père celui-là qui battait son cheval de fiacre et Nietsche est allé se pendre au coup du cheval pour l’embrasser c’est fantastique ça si vous ne le saviez pas je vous l’apprend et il est devenu fou si il n’y a que les fous qui empêchent qu’on batte les chevaux alors c’est terrible et alors ce cheval je lui parlais quand je le rencontrai à Monaco c’est un cheval qui n’était pas bête du tout il m’avait compris tout de suite, je le regardai quand je passai je le regardai il dit : Alors Léo, alors ça va ? je dis : « Je peux venir avec toi » « t’es pas con, non ? moi, je suis bien comme ça et puis fais gaffe, Léo, les hommes c’est pas du tout cru |
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Alors en 1925, quand j’avais neuf ans, oui , parce que j’envoie la couleur maintenant, je dis mon âge parce que il faut bien... qu’on me trouve un défaut, alors on a trouvé ça, alors moi je le dis : je suis né le 24 août 1916 à
quatre heures de l’après-midi.
A propos de journalistes, je vous raconte une histoire
parce qu’elle est extraordinaire et que les gens ne la connaissent pas. |
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Ma maman m’a amené à la gare de
Monte-Carlo, donc, en 1925, c’est pour ça que je vous ai parlé
de 1925, c’est pour ça que j’ai dit l’histoire de
mon âge, que j’ai dit que j’avais neuf ans, comme ça,
c’est beaucoup plus vite fait. ah j’ai dit : "Oui, maman" elle m’a dit : "Pourquoi ?" Quand on est arrivé à la gare, ma mère dit : "voilà, Monsieur " Alors, qu’est-ce que je vois : un homme - parce que moi, dans la rue je regardais les femmes mais pas les hommes - et là, j’ai vu un homme avec une robe qui avait dû être noire, je ne sais pas comment elle était, elle était un peu , il y avait de tout dedans du jaune , du violet mais pas l’autre violet et puis, avec un rabat qui avait dû être blanc, alors là, pour voir s’il avait été blanc, il fallait vraiment chercher, il fallait aller comme ça, moi, je n’osais pas parce qu’il fallait enlever des choses dégueulasses et alors j’ai regardé ce type, j’ai regardé ma mère et je me suis dit : c’est un homme qui a une robe; comment ça ce fait ça. ma mère lui dit : "Voilà, Monsieur " Si tu n'as jamais vu les frères des écoles chrétiennes, même dans un bocal, il faut y aller, il faut aller voir, ça vaut le coup ,crois-moi ,et alors ma mère avait dit : "Voilà, Cher Frère , je vous apporte
Léo Ferré"
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"Léo 38" Ah..... j’ai compris.
On était en prison. Les enfants en prison, ils ne savent pas qu’ils
sont en prison. Les hommes qui sont dans les prisons des hommes, ils savent
pourquoi d’abord, la plupart du temps, et puis, ils peuvent, comme je
dis, cracher mentalement à la gueule de ceux qui les y ont mis, de
ceux qui les maintiennent, n’est-ce-pas ?tandis qu’un enfant,
il ne sait pas, non pas parce qu’il n’a pas de salive, il en a,
mais il n’y pense pas parce qu’il ne croit pas qu’il est
en prison. Les enfants, malgré un livre où j’avais lu, quand j’avais douze, treize ans, que les enfants étaient des philosophes et des poètes, les enfants, vous savez ce que c’est les enfants, le drame des enfants, c’est qu’ils sont des enfants. .../... Extrait du coffret CD "Léo Ferré
84"
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